Mon histoire à la 32 eme Lyon Saint Louis de la Guillotière par Alain Locusol
Scout un jour…
Depuis la fin de la guerre, on habitait 2 rue du Colombier, àdeux pas de la place Saint Louis, qui à l’époque était cernée par au moins une douzaine de bistros. Le vieil immeuble de cinq étages aurait très bien pu servir de décor a un film des années 1930 tant par son architecture que par la diversité de ses occupants allant du prof d’accordéon au militant communiste (et ses dix gosses) en passant par le croupier du casino de Charbonnières-les-Bains. Avec mon frère on allait à l’école publique Jean Macé, rue Marc Bloch et en descendant la rue du Colombier on passait devant l’église orthodoxe grecque et son pope a longue barbe, chignon et soutane (pas très nette). Le vieil immeuble a été détruit il y a au moins 40 ans et cette portion de la rue du Colombier n’apparait même plus sur Google map.
Je crois que c’est le père de Gérard Chabert qui avait convaincu mes parents de m’inscrire à la meute des louveteaux de Saint Louis dont la « tanière » était située grande rue de le Guillotière à deux pas de l’église. La cheftaine avait pour nom Akela et son assistante Bagheera. Akela était une fille de bonne famille et j’avais été impressionné par la taille de l’appartement de ses parents lorsqu’elle nous avait invité chez elle pour un goûter. La meute se réunissait en rond, louveteaux accroupis bras tendus entre les genoux écartés avec index et medium de chaque main touchant le sol, comme des petits loups, quoi. Je pense avoir fait au moins un camp d’été avec les louveteaux mais suis incapable de dire où.
A fin 1956 ou début 1957, j’ai sauté la corde symbolique séparant la meute des louveteaux de la 32eme troupe des scoutsde France pour y intégrer sa fameuse patrouille des Sangliers. Bernard Duparchy était le Chef de la Troupe au foulard blanc ; je ne sais plus si Bernard Daval était déjà le Chef de Patrouille des Sangliers (Foncez !). Mes parents, qui n’étaient pas riches, avaient hésité à m’envoyer au camp d’été qui devait avoir lieu dans le Jura. Bernard Duparchy était venu à la maison convaincre ma mère qui, je me souviens, était en train d’encaustiquer le parquet de la salle à manger. C’était mon premier camp chez les grands et il a plu souvent, mais c’était le Jura. Il y avait en effet un anglais très volubile qui s’est écrié« que ça pue » (en fait il avait dit « piou ») quand on a visité une fromagerie. J’ai été fait prisonnier très rapidement dans le jeu des enfants de troupe évadés et, de peur que je ne me fasse encore la paire, le gars qui m’avait capturé m’avait forcé àdormir avec lui dans son sac de couchage : j’ai connu des nuits plus confortables. Après avoir révélé la vérité aux autres troupes de scouts qui participaient à ce jeu, notre 32eme avait défiléfièrement dans les villages avoisinants en chantant à tue-tête les« Bat’ d’Af’ » une mélodie un peu guerrière qu’affectionnait particulièrement Michel Pelosse. Ce choix musical avait quelque peu choqué Jean Valbert, un officier à la retraite.
Un excellent souvenir fut le camp d’été en dessus de Sallanches en 1958 où notre patrouille avait fièrement érigé deux plateaux surélevés pour délimiter son lieu de résidence : au rez-de-chaussée stockage et salle d’attente ; au premier étage : salle àmanger ; au deuxième : chambre en tente collective. Il valait mieux prendre ses dispositions pour éviter d’avoir à sortir de son sac de couchage la nuit, risquer de piétiner les copains, descendre deux échelles et rendre visite aux latrines (je crois qu’on disait « feuillées ») qui ne se trouvaient pas à proximité immédiate. Un savoyard du coin avait qualifié cette construction d’échafaudage et Jean Paul Griot, qui avait toujours la langue bien pendue, avait répondu « ça ne m’aurait pas plu » une expression très à la mode à cette époque. Le matin, on marchait jusqu’à un torrent de montagne pour nos ablutions et seuls les chefs semblaient trouver du plaisir à s’asperger d’une eau a huit degrés en chantant très fort pour qu’on n’entende pas qu’ils claquaient des dents, comme tout le monde. On avaitvisité l’église moderne du plateau d’Assy et ses vitraux par Rouault et peintures par Fernand Léger (un communiste, nous avait dit le curé) et dormi dans l’église, plus traditionnelle, de Chamonix.
Au camp de 1959 en Lozère, lors du Jamboree, je n’ai pas très bien compris la raison de la colère du grand manitou des scouts de France pour une vaisselle pas faite à temps : j’aurais dû, car chez mes parents tout était nickel en permanence. Pour se venger de cet affront, le lendemain en équipe de deux, Bernard Daval et moi avons fait un excellent temps (le deuxième meilleur de toute la France au dire du chronométreur) dans une course d’obstacles inspirée de l’entrainement des parachutistes :la guerre d’Algérie était très présente en toile de fond de toute cette époque et Jacques Bajard aimait beaucoup jouer aux « commandos ». Un autre souvenir est la réplique de Michel Piailler à un membre de la patrouille qui avait noté qu’un tronc « avait bien tourné » lors de la construction d’un de nos nombreuses plateformes surélevées : « ce n’est pas comme ma sœur, elle a mal tourné » ; Michel n’avait peut-être pas de sœur, mais c’était spontané et rigolo.
C’est en 1959, je crois, que nous avons ont déménagé dans un HLM du quartier des nouveaux Etats Unis ; ma mère était heureuse : on avait une salle de bain et deux chambres dont une de 9 m2 pour mon frère et moi. A l’époque cela semblait être au bout du monde, alors que c’était juste derrière le nouveau cimetière de la Guillotière. Mais il nous fallait prendre deux bus de l’OTL pour aller au lycée Chaponnay, près de la place Guichard, où j’ai fait toutes mes études secondaires. Mais bien sûr, par question d’abandonner la 32eme.
Le camp d’été de 1960 en Haute Loire, région dont est originaire la famille de mon père (il y a même un tout petit village qui s’appelle Locussol) ne m’a pas laissé d’autre souvenir que celui du renvoi de Michel Piailler dans ses foyers pour excès de « bout-en-train-isme ». L’ambiance était différente peut-êtreparce que Bernard Duparchy était parti au service militaire. J’ai donc décidé d’arrêter le scoutisme, à regret je dois dire, après ce camp.
Il y a une douzaine d’années, alors que j’étais en vacances à la Clusaz (mon point de chute en France depuis que j’habite Washington) j’ai reçu un coup de téléphone me demandant si j’étais bien le « Alain Locussol de la 32eme ». Quand j’ai répondu, oui … mais ça fait 50 ans, Bernard Duparchy (c’était lui) m’a expliqué qu’il essayait depuis longtemps de renouer contact avec tous ceux qui avaient été membres de sa troupe : il avait appelé souvent ce numéro sans répondeur (la ligne étant coupée lorsque le chalet est loué pendant la saison de ski). J’ai donc eu le plaisir un peu plus tard de retrouver un grand nombre d’anciens lors d’une réunion organisée dans la maison de Jacques Chazit, que j’ai reconnu immédiatement, près de Péagede Roussillon : il y avait conservé la collection de soldats de plomb de son père. En plus de Bernard Duparchy qui sonnait vaillamment de la corne de kudu comme au bon vieux temps de Baden Powell en Afrique du Sud, j’ai revu avec beaucoup de plaisir Bernard Daval, Jean-Noël Perrin, Bernard Chabanis et Jean-Paul Griot de la patrouille des Sangliers et quelques autres comme Roland Bernard et Max Fulchiron (j’en oublie, pardon). Certains sont restés fidèles au quartier de la Guillotière, d’autres ont pas mal voyagé. Mais tous semblaient avoir conservé de cette époque un mélange de sensations olfactives (l’odeur du riz cramé ou des guêtres achetées au stock américain de la place Bellecour), sportives (la descente en rappel du mur du local de la 32eme rue du Béguin) et bien sûr fraternelles … même si les paroles des chants qu’on aimait entonner autour du feu de bois avaient quelques difficultés à venir aux lèvres des …scouts toujours
… scout













Texte savoureux décrivant bien le quartier de St Louis et de ses bistrots. Certains détails, comme le passage au-dessus de la corde, lors du passage de la Meute à la Troupe, particulièrement symbolique, me reviennent à la mémoire avec bonheur. Le rappel sur le mur du local avait également valeur initiatique, sans parler de l'épreuve de l'entrée dans le local par l'un des vasistas....
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