Ma vie scoute par Tapir Dévoué (Denis Breton)
DESCENDRE EN RAPPEL
En premier lieu, ce que je retiens, c’est le fait qu’un jeune peut être éduqué par d’autres jeunes et qu’à l’inverse, il peut avoir une influence éducative sur d’autres jeunes. Dans un environnement un peu bizarre ( noms d’animaux pour désigner un petit groupe, un uniforme un peu militaire difficile à porter quand on se trouve en société, une totémisation qui vous relie aux coutumes des Aborigènes d’Australie ...), j’ai grandi en intégrant sans difficultés les rites et les usages de cette confrérie quelque peu occulte. Au fond, ce cadre correspondait bien à une psychologie de l’adolescence
J’ai beaucoup appris, moi qui étais au début un peu gourde, sous le regard bienveillant des aînés. Je me souviens de ma première descente en rappel, du balcon du local vers la cour. J’avais une trouille pas possible. Mais le chef de troupe, Paul de Saint-Bis, m’encouragea, tout en sourire, à plonger dans le vide. En bas, je n’étais plus le même. J’avais grandi. J’ai pu ainsi m’identifier de manière positive à des figures qui n’étaient pas des héros mais des mecs bien dans leur peau.
Le fait d’être chef de patrouille a été le temps d’une rupture. Je quittais le monde de l’enfance pour entrer dans celui de la responsabilité. C’est un « métier » qui me tenait à coeur et qui a eu des conséquences positives. Quand je suis devenu enseignant, je n’ai eu aucune difficulté dans ma relation avec les élèves, tout comme plus tard avec les jeunes dans la galère. J’ai eu plaisir à exercer des métiers d’enseignement et d’éducation.
« AVANT D’ALLER DORMIR SOUS LES ETOILES... «
DENIS PAPIN
Il n’y a que à la 32e que je porte ce surnom. Me comparer à l’inventeur de la machine à vapeur est plutôt un compliment Je serais ainsi un convertisseur d’énergie : mon cerveau serait comparable à une chaudière pleine de vapeur et d’idées bouillonnantes que je transformerais en mouvements vers d’autres.
L'image est sympathique quoique un peu trop mécanique.
Que pense le vieillard du jeune homme qu’il fut ? Son regard ne peut pas cire objectif mais des événements peuvent témoigner de ce temps. Toute modestie mise à part ( entre nous, cela veut dire : il ne se prend pas pour n’importe qui! ), je devais être un type pas si mal que ça puisque le Père Girardin me prit un jour à part pour me demander si j’avais réfléchi à ..., si je ne pensais pas impossible de suivre cette voie, si et si ... Enfin, il lâchait le morceau : « tu pourrais être prêtre «. 11 faut croire que je n’avais pas une dégaine de loubard, je devais avoir une tête d’apôtre. Je serai enclin à féliciter ce jeune homme car il a su dire non. Il y avait la mère Denis pour sa lessive, vous auriez pu avoir le Père Denis en soutane comme tous les prêtres à l’époque. Ce refus, après coup, me paraît important. Il signifiait que je n’étais pas la résultante programmée d’une éducation chrétienne mais que je possédais une autonomie de décision. Par delà les apports précités, cette décision opposée à l’héritage reçu est peut-être le meilleur ...de mon héritage.
Le Père Girardin, que j’estimais, accepta mon refus.
Bien qu’ayant quitté toute expression de croyance, il n’en reste pas moins que je suis de culture chrétienne jusqu’à l’os. Fidèle en amour et en amitié, à tel point dévoué que c’est le qualificatif de mon nom de totem. Ce caractère dévoué explique sans doute que j’ai quitté assez vite le cocon de la 32e pour tenter l’aventure de fonder une patrouille libre à Crépieux. Je ne sais pas s’il faut ajouter à la liste de l’héritage chrétien le fait d’être un hétérosexuel convaincu même si dans la troupe il n’y a pas la moindre trace de filles. Heureusement, même en culotte courte, je portais déjà dans les arcanes de mon inconscient volcanique le désir de rencontrer ma dulcinée.
Je pense aussi que c’est pendant les veillées autour du feu de camp que est né mon intérêt pour le chant choral. Je me suis inscrit à la chorale de Lyon-Guillotière puis, bien plus tard, à la Montadour de Montanay.
Inutile de vous dire que l’expérience a été bénéfique pour moi. Il faisait bon vivre dans cette microsociété dans laquelle je me suis réalisé et où j’ai acquis les apprentissages sociaux fondamentaux. Plus tard, j’ai étudié l’histoire du mouvement scout et j’ai des critiques à formuler : une naissance douteuse avec un général anglais qui, dans une guerre coloniale, fait usage de jeunes pour espionner l’ennemi. Autre point sombre : la collusion entre le scoutisme et le régime de Vichy. Mais ces événements n’ont eu aucune incidence sur les valeurs transmises ni sur les actions de la troupe.
Après mon départ, j’ai oeuvré pendant 4 ans à Crépieux. Puis la page du scoutisme a été tournée : études, profession, vie conjugale et familiale, enfants : la vie continuait.
Denis Breton
Février 2022





Beau texte de Denis. Très différent des autres témoignages mais complémentaire de ceux de TNE et LE
RépondreSupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerTous les anciens de la 32 de toutes les époques peuvent mettre leur histoire sur ce blog .
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