Ma vie scoute par Tapir Dévoué (Denis Breton)

 



Il y a soixante ans que j’ai remisé le short en velours acheté à La Hutte. îl était de si bonne qualité que je l’ai utilisé pendant des décennies en faisant mon jardin. Et pourtant, il était de bon ton, à l'époque, d’ajouter aux dix commandements de la loi scoute le onzième suivant : « Tu n’achèteras rien à La Hutte «. Reprenons notre sérieux : il est temps maintenant, après cette longue période de maturation qui s’étend entre la fin de l’enfance et une vieillesse bien engagée, de passer de l’anecdotique à la recherche du sens d’une activité qui a occupé la période de la pré-adolescence à l’âge presque adulte.

DESCENDRE EN RAPPEL

En premier lieu, ce que je retiens, c’est le fait qu’un jeune peut être éduqué par d’autres jeunes et qu’à l’inverse, il peut avoir une influence éducative sur d’autres jeunes. Dans un environnement un peu bizarre ( noms d’animaux pour désigner un petit groupe, un uniforme un peu militaire difficile à porter quand on se trouve en société, une totémisation qui vous relie aux coutumes des Aborigènes d’Australie ...), j’ai grandi en intégrant sans difficultés les rites et les usages de cette confrérie quelque peu occulte. Au fond, ce cadre correspondait bien à une psychologie de l’adolescence

 J’ai beaucoup appris, moi qui étais au début un peu gourde, sous le regard bienveillant des aînés. Je me souviens de ma première descente en rappel, du balcon du local vers la cour. J’avais une trouille pas possible. Mais le chef de troupe, Paul de Saint-Bis, m’encouragea, tout en sourire, à plonger dans le vide. En bas, je n’étais plus le même. J’avais grandi. J’ai pu ainsi m’identifier de manière positive à des figures qui n’étaient pas des héros mais des mecs bien dans leur peau.

Le fait d’être chef de patrouille a été le temps d’une rupture. Je quittais le monde de l’enfance pour entrer dans celui de la responsabilité. C’est un « métier » qui me tenait à coeur et qui a eu des conséquences positives. Quand je suis devenu enseignant, je n’ai eu aucune difficulté dans ma relation avec les élèves, tout comme plus tard avec les jeunes dans la galère. J’ai eu plaisir à exercer des métiers d’enseignement et d’éducation.

« AVANT D’ALLER DORMIR SOUS LES ETOILES... «

Le deuxième point que je relève, c’est la solidarité qui nous réunissait. Une solidarité d’un projet commun fait de temps long passé ensemble dans un camp ou un temps plus court dans nos réunions, des actions variées faites de travail et de détente. Des moments où l’on en bave ( dormir dans un duvet trempé après cinq jours de pluie ou marcher de nuit dans une forêt et ne plus pouvoir se repérer même avec la boussole )mais aussi des veillées de chants et de partage d’émotion qui apportent apaisement et sérénité. Presque des moments de spiritualité. II est vrai que l'adhésion à la foi chrétienne, qui allait de soi,donnait un liant incontestable à cette solidarité. Bref, tout concourait à me pousser vers le haut, comme la devise ailée de la patrouille des Hirondelles.
« VAS D’UN BON PAS ... »
Le troisième apport a été la découverte de la nature. Un monde inimaginable pour un jeune fraîchement débarqué dans la ville. Ces temps passés sous la tente plantée dans un coin paumé et sur les chemins sont sans doute à l’origine de mon plaisir à randonner et à faire des ballades quasi journalières dans les champs à deux pas de la maison, quel que soit le temps.
 

DENIS PAPIN

Il n’y a que à la 32e que je porte ce surnom. Me comparer à l’inventeur de la machine à vapeur est plutôt un compliment Je serais ainsi un convertisseur d’énergie : mon cerveau serait comparable à une chaudière pleine de vapeur et d’idées bouillonnantes que je transformerais en mouvements vers d’autres. 

L'image est sympathique quoique un peu trop mécanique.

Que pense le vieillard du jeune homme qu’il fut ? Son regard ne peut pas cire objectif mais des événements peuvent témoigner de ce temps. Toute modestie mise à part ( entre nous, cela veut dire : il ne se prend pas pour n’importe qui! ), je devais être un type pas si mal que ça puisque le Père Girardin me prit un jour à part pour me demander si j’avais réfléchi à ..., si je ne pensais pas impossible de suivre cette voie, si et si ... Enfin, il lâchait le morceau : « tu pourrais être prêtre «. 11 faut croire que je n’avais pas une dégaine de loubard, je devais avoir une tête d’apôtre. Je serai enclin à féliciter ce jeune homme car il a su dire non. Il y avait la mère Denis pour sa lessive, vous auriez pu avoir le Père Denis en soutane comme tous les prêtres à l’époque. Ce refus, après coup, me paraît important. Il signifiait que je n’étais pas la résultante programmée d’une éducation chrétienne mais que je possédais une autonomie de décision. Par delà les apports précités, cette décision opposée à l’héritage reçu est peut-être le meilleur ...de mon héritage.

Le Père Girardin, que j’estimais, accepta mon refus.

Bien qu’ayant quitté toute expression de croyance, il n’en reste pas moins que je suis de culture chrétienne jusqu’à l’os. Fidèle en amour et en amitié, à tel point dévoué que c’est le qualificatif de mon nom de totem. Ce caractère dévoué explique sans doute que j’ai quitté assez vite le cocon de la 32e pour tenter l’aventure de fonder une patrouille libre à Crépieux. Je ne sais pas s’il faut ajouter à la liste de l’héritage chrétien le fait d’être un hétérosexuel convaincu même si dans la troupe il n’y a pas la moindre trace de filles. Heureusement, même en culotte courte, je portais déjà dans les arcanes de mon inconscient volcanique le désir de rencontrer ma dulcinée.

Je pense aussi que c’est pendant les veillées autour du feu de camp que est né mon intérêt pour le chant choral. Je me suis inscrit à la chorale de Lyon-Guillotière puis, bien plus tard, à la Montadour de Montanay.


« UN COEUR JOYEUX ET SINCERE « ?

Inutile de vous dire que l’expérience a été bénéfique pour moi. Il faisait bon vivre dans cette microsociété dans laquelle je me suis réalisé et où j’ai acquis les apprentissages sociaux fondamentaux. Plus tard, j’ai étudié l’histoire du mouvement scout et j’ai des critiques à formuler : une naissance douteuse avec un général anglais qui, dans une guerre coloniale, fait usage de jeunes pour espionner l’ennemi. Autre point sombre : la collusion entre le scoutisme et le régime de Vichy. Mais ces événements n’ont eu aucune incidence sur les valeurs transmises ni sur les actions de la troupe.

Après mon départ, j’ai oeuvré pendant 4 ans à Crépieux. Puis la page du scoutisme a été tournée : études, profession, vie conjugale et familiale, enfants : la vie continuait.

Denis Breton

Février 2022








 

Commentaires

  1. Beau texte de Denis. Très différent des autres témoignages mais complémentaire de ceux de TNE et LE

    RépondreSupprimer
  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  3. Tous les anciens de la 32 de toutes les époques peuvent mettre leur histoire sur ce blog .

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Notre vie scoute par Lama Exigeant (Michel Vedrenne)

TOUR DE L'OISANS du 10 juillet au 29 juillet 1966